Dans son rapport à l'ONU, Jean Ziegler constate « la détérioration rapide de la situation alimentaire en Palestine
Jean Ziegler
Le texte intégral du rapport Ziegler
11.11.2003
enviar
artículo imprimir
página
Après s'être rendu en Palestine, le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation signe un document qui dénonce « la catastrophe humanitaire » provoquée par la politique sécuritaire de l'Etat hébreu. Furieuses, les autorités israéliennes réagissent.
Alors que le conflit du Proche-Orient connaît un regain de tension, Jean Ziegler, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, vient de terminer un rapport destiné à l'Assemble générale des Nations unies sur sa mission effectuée du 3 au 13 juillet dans les territoires palestiniens occupés. Un rapport extrêmement critique à l'égard de l'Etat hébreu. L'ex-député socialiste y dénonce « la catastrophe humanitaire » produite par « la politique de sécurité et de bantoustanisation » menée par Israël dans les territoires occupés.
Les autorités israéliennes sont furieuses. C'était la première fois qu'elles admettaient sur leur territoire et ceux qu'elles contrôlent un rapporteur spécial de l'ONU. Un geste d'ouverture, alors que les relations entre l'Etat hébreu et les Nations unies sont très tendues depuis la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU de 1975 qui assimilait le sionisme à « une forme de racisme » (résolution abrogée en 1991). Interrogée sur le rapport Ziegler, Tuvia Israeli, de la mission d'Israël auprès de l'ONU à Genève, déclare au Temps que son gouvernement n'a pas eu connaissance du document : « C'est un nouveau coup dur dans nos rapports avec les Nations unies. Selon la règle traditionnelle, l'ONU s'était engagée à nous faire parvenir le rapport avant sa publication pour que nous puissions y incorporer nos commentaires. Et nous découvrons que ce rapport est rendu public alors que nous ne l'avons pas encore reçu officiellement. » La mission d'Israël affirme au Temps qu'elle va émettre une protestation officielle auprès du Haut-Commissariat aux droits de l'homme.
" 60% des Palestiniens vivent sous le seuil de grande pauvreté " Dans ce rapport de 25 pages, Jean Ziegler constate « la détérioration rapide de la situation alimentaire depuis le déclenchement de la deuxième intifada » en 2000 : « Plus de 22% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition (contre 7,6% en l'an 2000). Plus de 15% des enfants du même âge sont atteints d'anémie grave, avec toutes les conséquences physiques et intellectuelles sur leur développement qui en résultent. Plus d'un ménage palestinien sur deux n'a plus qu'un repas par jour. Une situation liée à l'effondrement de l'économie palestinienne, souligne le rapport : plus de 60% des Palestiniens vivent sous le seuil de grande pauvreté et presque autant sont totalement dépendants de l'aide internationale. »
" Policy of starvation " Pour Jean Ziegler, cette situation résulte de la politique sécuritaire de l'Etat hébreu : « Il est inacceptable que des mesures militaires visant à protéger la sécurité de la population israélienne soient imposées de telle façon qu'elles mettent en danger la sécurité alimentaire de toute la population palestinienne. Il ne peut pas y avoir de justification pour limiter les déplacements qui empêchent les gens d'avoir accès à de la nourriture et à de l'eau, à moins de vouloir utiliser l'arme de la faim (« policy of starvation »).
" Une punition collective " Après avoir rencontré des personnalités provenant du monde politique, des organisations non gouvernementales et des militaires, y compris des généraux israéliens et Yasser Arafat, le constat de Ziegler est brutal : « L'imposition généralisée de couvre-feu, de fermeture de routes, de système de permis, de barrages... est la source de la crise humanitaire, tout comme le niveau sans précédent de destruction et de confiscation de terre, d'eau et d'infrastructure palestinienne. » S'il reconnaît le droit à la population israélienne de vivre en sécurité, il dénonce « le dispositif exagéré » mis en place par les autorités israéliennes afin de prévenir de nouveaux attentats meurtriers : « Les autorités israéliennes ne contestent pas l'augmentation de la malnutrition et de la pauvreté chez les Palestiniens, mais elles y voient une conséquence regrettable des mesures destinées à prévenir de nouvelles attaques contre les Israéliens. [...] Mais ces mesures sont totalement disproportionnées » et reviennent à imposer « une punition collective » à l'égard de tous les Palestiniens.
" Violation du droit à l'alimentation " Le rapporteur de l'ONU voit à l'œuvre « une stratégie de bantoustanisation de la Palestine, accompagnée de destruction sans précédent d'arbres, de systèmes d'irrigation et d'infrastructure qui privent beaucoup de Palestiniens de leur droit à la nourriture ». Evoquant le mur de séparation construit à l'est de la frontière de juin 1967, Ziegler note « qu'il constitue une autre violation du droit à l'alimentation », annexant de facto des milliers d'hectares de terres fertiles à l'Etat hébreu. Le rapporteur est très discret sur l'Autorité palestinienne, notamment sur les accusations de corruption à son égard, se bornant à constater qu'elle a perdu l'effectivité du pouvoir.
arriba |